Skip to main content

Il existe dans vos placards un dérivé du pétrole que personne ne vous a signalé. Il n’apparaît sur aucune étiquette.
Il n’a jamais fait l’objet d’une alerte sanitaire officielle.

Et pourtant, il contamine toute la chaîne alimentaire française depuis plus de 70 ans. Ce solvant s’appelle hexane. Sa formule brute est C6H14 – six atomes de carbone, quatorze d’hydrogène. Il sort du raffinage du pétrole brut, au même titre que l’essence et le gazole.

Et depuis l’après-guerre, les industriels de l’huile végétale l’utilisent pour extraire, jusqu’à la dernière goutte, l’huile contenue dans les graines de colza, de tournesol et de soja. En septembre 2025, le journaliste d’investigation Guillaume Coudray publie “De l’essence dans nos assiettes” (éditions La Découverte), suivi d’une enquête Greenpeace qui teste 56 produits courants.

Résultat : 36 contiennent des résidus d’hexane – soit près de deux tiers. Parmi eux : des huiles de marques nationales, du beurre, du lait, des laits infantiles, du poulet.

Le 28 janvier 2026, un rapport parlementaire co-signé par les députés Richard Ramos et Julien Gabarron tranche sans ambiguïté : “l’hexane est un produit dangereux”.

L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) l’a classé neurotoxique avéré en septembre 2024.

L’Anses recommandait déjà en 2014 aux femmes enceintes d’éviter les produits ménagers contenant de l’hexane. Mais pour les huiles alimentaires : silence. Car l’hexane est classé “auxiliaire technologique” – une catégorie juridique qui dispense les industriels de toute obligation d’étiquetage.

Depuis 70 ans, une substance pétrolière neurotoxique entre dans votre organisme par votre huile de cuisson, et personne n’avait l’obligation de vous le dire. Cet article est là pour combler ce silence.

Ce que l’industrie sait depuis 1970 et n’a jamais voulu vous dire

L’histoire de l’hexane alimentaire est d’abord une histoire de dissimulation. Pas une dissimulation de quelques années, comme celle des PFAS ou du bisphénol A. Une dissimulation qui remonte aux années 1970 – il y a plus de cinquante ans.

Quand l’hexane fait son apparition industrielle dans l’extraction d’huile à partir des années 1930, les chimistes le considèrent comme inoffensif. Les premières études toxicologiques, conduites en Allemagne, sur des souris, à des doses censées modéliser l’exposition humaine, ne montrent rien d’inquiétant. Affaire classée. Mais dès les années 1960, des signaux d’alarme apparaissent.

En 1964, au Japon, des ouvrières d’ateliers de fabrication de sandales exposées à l’hexane développent des symptômes neurologiques alarmants : engourdissement des pieds et des mains, faiblesse musculaire, paralysie dans les cas graves. Des études américaines publiées à partir des années 1970 identifient le mécanisme : dans le foie, l’hexane est métabolisé en 2,5-hexanedione, un composé “encore plus dangereux”, selon Guillaume Coudray, qui cible les gaines de myéline protégeant les nerfs et rend “difficile ou impossible la transmission nerveuse”.

“Dès les années 1970, les neurologues américains ont publié leur première étude montrant que l’hexane se transforme en de puissants neurotoxiques”, raconte Coudray dans son enquête. “Mais ils savaient que c’était une information compliquée à entendre par les industriels : l’hexane était depuis devenu indispensable à leur système de production.” Les producteurs d’hexane – qui sont aussi les producteurs de pétrole – et les utilisateurs industriels ont alors engagé ce que le journaliste décrit comme “des efforts pour contester la science ou pour s’aveugler”.

Il faudra attendre 2017 pour que l’EFSA reconnaisse que les données toxicologiques de 1996 ne sont “plus considérées comme suffisantes pour conclure de manière adéquate”. 2024 pour que l’ECHA classe officiellement l’hexane comme “neurotoxique avéré”. Et 2027 pour que les conclusions de la nouvelle évaluation de risque soient publiées. “Pendant ce temps-là, les gens se font intoxiquer”, dénonce Guillaume Coudray.

Une tribune publiée dans Le Monde et signée par 28 personnalités du monde de la santé – dont Jean-Louis Dufloux, président de France Parkinson, Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, et Laurence Huc, toxicologue à l’INRAE – résume la situation sans détour : “Nous ne pouvons tolérer que nos assiettes soient contaminées par ce neurotoxique reprotoxique.”

Comment l’hexane pétrolier finit dans votre salade et le biberon de votre enfant

Comprendre le mécanisme de contamination est indispensable pour saisir l’ampleur du problème – et identifier les produits concernés. L’extraction d’huile par solvant fonctionne de la façon suivante. Les graines oléagineuses – colza, tournesol, soja – sont d’abord broyées et pressées une première fois mécaniquement.

Ce pressage initial extrait environ 89 % de l’huile disponible. Pour les 11 % restants, les industriels ont deux options : arrêter là, ou baigner les résidus solides dans l’hexane chauffé à 50°C, qui dissout les dernières traces d’huile. Ce second procédé permet d’atteindre un taux d’extraction de 97 %.

Pour un groupe comme Avril – premier triturateur français de graines oléoprotéagineuses -, ce gain de 8 points de rendement représente des dizaines de millions d’euros. C’est la raison pour laquelle neuf graines sur dix transformées par Avril le sont dans des usines utilisant de l’hexane. Une fois l’huile séparée de l’hexane par distillation, il reste des résidus solides appelés tourteaux.

Ces tourteaux – chargés d’hexane – constituent la principale source de protéines pour l’alimentation animale : volailles, porcs, bovins. Entre 30 et 60 % des pertes d’hexane lors du processus industriel se retrouvent dans ces tourteaux, sans aucune réglementation spécifique pour les produits d’origine animale.

Ce sont les animaux nourris de ces tourteaux qui transmettent ensuite l’hexane dans leurs produits : beurre, lait, fromage, lait infantile, viande de poulet. L’enquête Greenpeace de septembre 2025, menée sur 56 produits en laboratoire universitaire, a retrouvé des résidus d’hexane dans 36 d’entre eux – soit 64 % du panel. L’huile Isio 4 de Lesieur (appartenant au groupe Avril) était la plus contaminée parmi les huiles testées avec 0,08 mg/kg.

Du beurre contaminé, du lait infantile positif, du poulet contaminé : voilà le bilan d’un siècle d’extraction chimique silencieuse. Et l’hexane n’est pas inscrit sur une seule étiquette, car classé “auxiliaire technologique” – une catégorie qui dispense légalement les industriels de toute mention sur les emballages. Vous n’avez, à ce jour, aucun moyen légal de savoir si l’huile que vous achetez en supermarché a été produite avec de l’hexane.

Ce que l’hexane fait à votre cerveau, vos nerfs et votre fertilité

L’hexane n’est pas un polluant ordinaire. Sa structure lipophile – son affinité chimique pour les graisses – en fait un ennemi spécifique du tissu nerveux, qui est lui-même extraordinairement riche en lipides. Le professeur David Devos, neurologue spécialiste de la maladie de Parkinson à l’université de Lille, explique la mécanique : les solvants comme l’hexane “ont une affinité avec les gras. Le cerveau est riche en gras.

En pénétrant l’organisme, le solvant va affecter directement un organe riche en graisses comme le cerveau.” Le mécanisme biochimique précis a été élucidé par l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) : une fois absorbé, l’hexane est métabolisé par le foie en plusieurs composés intermédiaires, dont le principal toxique est la 2,5-hexanedione. C’est ce métabolite qui cible la gaine de myéline des nerfs et perturbe gravement la conduction nerveuse.

La 2,5-hexanedione traversant la barrière placentaire chez les animaux exposés, les effets neurologiques peuvent affecter le développement du système nerveux fœtal. Sur le plan neurologique, les données s’accumulent depuis un demi-siècle. L’ECHA a officiellement classé l’hexane neurotoxique avéré en septembre 2024.

L’Anses a documenté en 2014 des atteintes irréversibles du système nerveux périphérique dues à l’hexane. Des études épidémiologiques – notamment celles de Pezzoli et al. publiées dans Neurology en 2000 – ont établi un lien entre l’exposition aux hydrocarbures, dont l’hexane, et la maladie de Parkinson. Des recherches scandinaves suggèrent un facteur de risque pour la sclérose en plaques. En l’espace d’une trentaine d’années, l’ensemble des pathologies neurologiques a progressé de 50 % dans le monde, atteignant 3,4 milliards de personnes en 2021 selon l’OMS.

Le lien avec les expositions chroniques aux neurotoxiques environnementaux reste difficile à isoler statistiquement – mais aucun épidémiologiste sérieux ne prétend plus que ces substances sont sans rôle dans cette épidémie silencieuse. Sur le plan reproductif, l’hexane est suspecté d’être reprotoxique – c’est-à-dire toxique pour la reproduction. Des études animales publiées par Santé Canada ont mis en évidence des modifications histologiques dans les testicules et les épididymes, ainsi que des altérations des caractéristiques du sperme.

Chez la femme, l’hexane est suspecté de perturber la maturation des ovules. Guillaume Coudray écrit que “le solvant va atteindre des cellules responsables de la spermatogénèse chez les hommes et les cellules responsables de la maturation des ovules chez les femmes.” Dans un pays qui traverse, selon les auteurs de la tribune du Monde, “une crise historique de la natalité et une progression inquiétante de l’infertilité masculine”, l’hexane “apparaît comme un des suspects qu’il est urgent de contrôler.”

L’ECHA classe l’hexane comme substance CMR – cancérogène, mutagène, reprotoxique. Il est par conséquent interdit dans les cosmétiques depuis le 1er janvier 2026 dans l’Union européenne. Mais dans l’alimentation : toujours légal, toujours sans étiquette.

Le groupe Avril, Lesieur, Puget : qui est vraiment au cœur du scandale ?

Pour comprendre pourquoi l’hexane alimentaire n’a jamais été réglementé de la même façon que dans les cosmétiques, il faut regarder qui contrôle la filière. Le groupe Avril est le cinquième acteur agroalimentaire français, avec un chiffre d’affaires de 7,7 milliards d’euros. Il possède les marques Lesieur et Puget (huiles alimentaires) et la filiale Sanders, leader français de l’alimentation animale. Surtout, il détient le quasi-monopole de la trituration d’oléagineux en France : plus de 50 % des graines transformées dans le pays le sont par Avril.

Et plus de 90 % des graines traitées par Avril le sont dans des usines utilisant de l’hexane. C’est à partir de cette position dominante qu’Avril “jouit d’une place prépondérante au sein des instances de la filière”, selon Greenpeace, “rendant difficile la transition vers des alternatives”. La question de l’influence institutionnelle n’est pas anodine. Le président du conseil d’administration d’Avril est simultanément le président de la FNSEA, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles – le principal syndicat agricole français, interlocuteur incontournable des pouvoirs publics.

Un député de l’Assemblée nationale interrogé sur ce point lors d’une question écrite publiée au Journal officiel du 14 octobre 2025 note que cet écosystème concentre “une influence majeure, non seulement sur les orientations industrielles de la filière, qui continue à avoir massivement recours à l’hexane pour sa rentabilité, mais aussi sur les instances professionnelles et politiques”. La Fédération nationale des corps gras (FNCG), lobby de l’industrie des huiles, a réagi au rapport parlementaire du 28 janvier 2026 en contestant la fiabilité des analyses de Greenpeace et en soulignant qu’aucune “alerte sanitaire” officielle n’avait été émise.

Elle cite également un dossier d’UFC-Que Choisir de fin décembre 2025, intitulé “Scandale de l’hexane – À qui profite le buzz ?”, qui remet en cause l’indépendance des acteurs prônant des alternatives biosourcées.

Ces positionnements contradictoires entre associations de défense des consommateurs, ONG et lobbies industriels illustrent une dynamique bien connue dans l’histoire des scandales sanitaires : l’industrie conteste la science, argue des “marges de sécurité”, plaide la réglementation existante – pendant que l’EFSA promet des conclusions pour 2027, et que la population continue de s’exposer.

Les pires huiles à éviter – et comment le lire sur l’étiquette

L’hexane ne s’identifie pas directement sur une étiquette – c’est précisément le cœur du problème réglementaire.

Mais plusieurs marqueurs permettent de savoir si une huile a été produite avec un solvant pétrolier. Le terme “raffinée” ou l’absence de toute mention sur le procédé d’extraction signifie que l’hexane a très probablement été utilisé. Les huiles concernées sont principalement : les huiles de tournesol ordinaires (sans mention “pression à froid” ou “vierge”), les huiles de colza raffinées, les huiles de soja (quasi systématiquement extraites à l’hexane), et les huiles de palme.

Une bouteille portant la seule mention “huile de tournesol” ou “huile de colza” sans autre précision est, dans l’immense majorité des cas, une huile extraite avec de l’hexane dans un procédé industriel. Le cas de l’huile de tournesol est emblématique : c’est l’une des huiles les plus consommées en France, vendue à des prix très bas, et dont la quasi-totalité de la production conventionnelle passe par l’hexane. Les huiles dites “Isio” ou “composées” – mélanges d’huiles raffinées présentés comme équilibrés en oméga – rentrent dans cette catégorie.

Les “mélanges d’huiles végétales” sans autre indication sont à éviter par principe. Les produits d’origine animale – beurre, lait, lait infantile, fromages, poulet, œufs – sont eux aussi potentiellement contaminés via les tourteaux utilisés dans l’alimentation animale, mais il n’existe aucune réglementation imposant de le mesurer ni de l’indiquer.

La mention “agriculture biologique” est la seule garantie complète d’absence d’hexane. L’hexane est interdit dans les procédés de transformation biologique certifiés.

Les huiles bio – même de tournesol ou de colza – sont donc, par définition, extraites mécaniquement. C’est leur seule différence réglementaire obligatoire avec leurs équivalents conventionnels sur ce point précis. Deux mots sur l’étiquette résument tout : “pressée à froid” ou “vierge”.

Ces mentions garantissent une extraction mécanique sans solvant chimique. Elles s’appliquent à toutes les huiles – olive, colza, tournesol, lin, noix, sésame. Sans elles, ou sans le label bio, l’hexane est présumé avoir été utilisé.

Les meilleures huiles sans hexane : le classement complet par usage

Il n’est pas nécessaire de renoncer aux huiles végétales. Il est nécessaire de les choisir différemment.

La règle universelle : huile vierge extra ou première pression à froid, idéalement biologique. La nature de l’huile importe ensuite pour l’usage.

Pour la cuisson à haute température (poêle, four, friture), l’huile d’olive vierge extra est la meilleure option. Sa richesse en acide oléique (oméga 9) – plus de 70 % de sa composition – la rend remarquablement stable à la chaleur, jusqu’à environ 180°C sans dégradation significative. C’est la seule huile végétale qui combine résistance thermique et profil nutritionnel protecteur.

L’huile de coco vierge et l’huile d’avocat (à froid) sont des alternatives pour les cuissons à haute température, mais leur profil en acides gras saturés les réserve à un usage occasionnel.

Pour les cuissons douces et les sautés, l’huile de colza vierge (première pression à froid) est excellente. Son ratio oméga 6 / oméga 3 est l’un des plus équilibrés parmi toutes les huiles végétales (environ 2 pour 1), ce qui en fait un atout pour l’équilibre inflammatoire.

Elle ne supporte pas les très hautes températures – au-delà de 160°C les acides gras polyinsaturés commencent à se dégrader. Pour les vinaigrettes et les assaisonnements à cru, les options les plus intéressantes sont : l’huile de colza vierge (ratio oméga 3/6 équilibré, goût discret), l’huile de lin vierge (richesse record en oméga 3 végétaux, mais à conserver au réfrigérateur et à consommer rapidement), l’huile de noix vierge (oméga 3 élevés, goût caractéristique), et l’huile de sésame vierge (antioxydants lignans, goût de noisette).

Pour varier les apports, l’UFC-Que Choisir recommande d’alterner deux à trois huiles aux profils complémentaires : olive / colza / lin par exemple.

Huiles à éviter définitivement ou à fortement limiter : l’huile de palme (désastre écologique et profil lipidique défavorable) et l’huile de coco en usage quotidien (richesse excessive en graisses saturées).

Et une dernière précaution, souvent ignorée : une huile vierge ne doit jamais fumer à la cuisson. La fumée signifie que les acides gras se décomposent en composés volatils toxiques. Si votre huile fume, c’est qu’elle est trop chauffée ou inadaptée à la température.

Au-delà des huiles : beurre, lait, œufs, viande – l’exposition cachée

L’hexane alimentaire ne se limite pas aux bouteilles d’huile dans votre cuisine. C’est cette dimension de la contamination qui rend l’affaire particulièrement préoccupante – et que le rapport parlementaire de janvier 2026 a reconnu, demandant une information obligatoire non seulement sur les étiquettes des huiles, mais aussi dans les listes de matières premières transmises aux éleveurs.

Les tourteaux sont les résidus solides après extraction de l’huile. Ils contiennent entre 30 et 60 % des pertes d’hexane du processus industriel. Ces tourteaux constituent l’aliment protéiné principal de l’élevage industriel français : poulets, porcs, bovins, veaux en consomment en quantité massive.

L’hexane ingéré par ces animaux se retrouve ensuite dans les produits qu’ils produisent. L’enquête Greenpeace a détecté de l’hexane dans du beurre de marques nationales – le “beurre tendre demi-sel” Elle&Vire affichant la contamination la plus élevée parmi les produits laitiers testés. Du lait de consommation courante a également été positif.

Plus alarmant encore : du lait infantile. Des nourrissons aux systèmes nerveux en construction reçoivent ainsi, par l’intermédiaire de leur alimentation de première nécessité, des traces d’un neurotoxique avéré.

Rappelons que l’Anses recommandait dès 2014 aux femmes enceintes d’éviter les produits de bricolage et d’entretien contenant de l’hexane – mais que pour les laits infantiles, aucune restriction équivalente n’existe. Cette incohérence a été relevée par plusieurs questions parlementaires. Du poulet contaminé a également été retrouvé dans les tests Greenpeace. Là encore, aucune réglementation n’impose de limite pour les résidus d’hexane dans les produits d’origine animale – la directive 2009/32/CE ne s’applique qu’aux huiles directement extraites.

Pour sortir de cette contamination indirecte, les mêmes règles s’appliquent : privilégier les produits biologiques. Dans l’élevage certifié bio, les animaux sont nourris avec des aliments biologiques dont les matières premières ne peuvent pas avoir été traitées à l’hexane.

Ce que vous pouvez faire dès aujourd’hui pour sortir de cette contamination silencieuse

Le problème de l’hexane n’aura de solution durable que par la réglementation – interdiction du solvant dans la chaîne alimentaire, obligation d’étiquetage, développement à grande échelle d’alternatives biosourcées comme le 2-méthyloxolane proposé par la start-up française EcoXtract, avec un surcoût estimé à seulement 5 % sur les produits finis. Ces solutions existent.

Ce sont des choix politiques et économiques qui bloquent leur déploiement. En attendant, chaque décision d’achat est un vote. Voici les gestes concrets, classés par priorité d’impact.

Premier geste, le plus important : remplacer toutes vos huiles raffinées ordinaires par des huiles vierges, première pression à froid, idéalement biologique.

Pour la cuisson : huile d’olive vierge extra bio. Pour l’assaisonnement : huile de colza vierge bio ou huile de lin bio. Ce changement unique couvre l’essentiel de votre exposition directe à l’hexane via les huiles.

Deuxième geste : apprendre à lire les étiquettes.

La présence des mots “raffinée”, “vierge” (sans “extra”), ou l’absence de toute mention sur le procédé, signale un risque. Les seules garanties sont “première pression à froid”, “vierge extra” (pour l’olive), ou le logo AB / Eurofeuille (agriculture biologique).

Troisième geste : préférer les produits laitiers et les œufs biologiques.

C’est la seule façon de réduire l’exposition indirecte via les tourteaux. Les animaux d’élevage bio reçoivent des aliments issus de l’agriculture biologique, où l’hexane est interdit dans la transformation.

Quatrième geste : limiter les produits ultra-transformés qui contiennent des huiles végétales non spécifiées. Biscuits, viennoiseries industrielles, plats préparés, sauces en bouteille : ces produits contiennent des huiles raffinées dont on ne connaît ni la provenance ni le procédé d’extraction.

Cinquième geste : soutenir les acteurs qui font le choix de l’extraction mécanique pour les huiles conventionnelles.

Plusieurs huileries artisanales françaises proposent des huiles de colza et de tournesol pressées à froid non bio – moins chères que le bio, mais déjà sans hexane.

Sixième geste, citoyen : exiger de vos représentants politiques un étiquetage obligatoire du procédé d’extraction sur toutes les huiles végétales.

C’est la recommandation principale du rapport parlementaire de janvier 2026, que le gouvernement n’a pas encore traduite en loi.

Une mobilisation des consommateurs – pétitions, interpellations d’élus locaux, choix en magasin – est ce qui donnera le signal à l’industrie que la transparence n’est plus négociable. L’histoire des PFAS, du bisphénol A, de l’amiante a montré que l’industrie ne cède que sous deux pressions simultanées : la réglementation et le marché.

Pour l’hexane, les deux sont entre vos mains.

Qu'avez-vous pensé de cet article ?

0 / 5 Note globale 0 votes 0

Votre note

Questions fréquentes (F.A.Q.)

Qu’est-ce que l’hexane et pourquoi est-il utilisé dans les huiles végétales ?

L’hexane est un solvant hydrocarboné issu du raffinage du pétrole brut, de formule C6H14. Dans l’industrie agroalimentaire, il est utilisé pour extraire l’huile contenue dans les graines oléagineuses (colza, tournesol, soja) après un premier pressage mécanique. Son atout industriel est sa capacité à extraire jusqu’à 97 % de l’huile disponible, contre 89 % par voie mécanique seule. Ce gain de rendement représente des millions d’euros pour les grands groupes industriels. L’hexane est ensuite séparé de l’huile par distillation, mais des résidus peuvent subsister dans le produit final. Il est classé auxiliaire technologique par la réglementation européenne, ce qui l’exempte de toute obligation d’étiquetage sur les produits alimentaires.

Comment savoir si une huile a été extraite à l’hexane en lisant l’étiquette ?

C’est précisément là le problème : vous ne pouvez pas le savoir directement, car l’hexane n’apparaît sur aucune étiquette. Trois signaux permettent de déduire qu’une huile est probablement sans hexane : la mention première pression à froid ou vierge extra (pour l’huile d’olive), le logo Agriculture Biologique (AB) ou Eurofeuille – car le bio interdit l’hexane dans la transformation, et la mention pressée à froid ou extraction mécanique. L’absence de toute mention sur le procédé signifie dans la très grande majorité des cas que l’hexane a été utilisé. Une huile simplement intitulée huile de tournesol ou huile de colza sans autre précision est, par défaut, une huile raffinée à l’hexane.

L’huile d’olive contient-elle de l’hexane ?

L’huile d’olive vierge extra n’en contient pas, par définition. La certification vierge extra impose une extraction uniquement mécanique, à froid (moins de 27°C), sans solvant chimique. Toutes les huiles d’olive certifiées bio répondent à ces critères. Il existe cependant une huile d’olive dite raffinée ou simplement huile d’olive (sans la mention vierge extra) qui peut être obtenue par solvant, mais ce produit est rare sur le marché français. Pour être en sécurité, achetez systématiquement de l’huile d’olive portant la mention vierge extra — c’est la garantie d’une extraction mécanique.

L’hexane est-il vraiment dangereux ou s’agit-il d’une alerte disproportionnée ?

Les faits sont établis : l’hexane est un neurotoxique avéré, classé CMR (cancérogène, mutagène, reprotoxique) par l’ECHA depuis septembre 2024. Il provoque des neuropathies périphériques documentées depuis les années 1970. Son métabolite actif — la 2,5-hexanedione — cible la gaine de myéline des nerfs. Des liens avec la maladie de Parkinson et la sclérose en plaques sont documentés dans des populations exposées professionnellement. La controverse porte sur les doses : la Fédération nationale des corps gras argue que les résidus alimentaires sont très largement inférieurs aux seuils réglementaires. Mais l’EFSA a elle-même reconnu en 2024 que les données de toxicité utilisées depuis 1996 ne sont plus considérées comme suffisantes. L’évaluation de risque est en cours, avec des conclusions attendues pour 2027. L’application du principe de précaution — face à un neurotoxique avéré dont les données sont insuffisantes — est ce que réclament 28 médecins et scientifiques français dans une tribune du Monde.

Le lait infantile est-il contaminé à l’hexane et faut-il arrêter d’en donner à mon enfant ?

L’enquête Greenpeace de 2025 a effectivement détecté des résidus d’hexane dans des laits infantiles testés — c’est parmi les résultats les plus préoccupants de l’enquête. Il n’existe à ce jour aucune recommandation officielle de ne pas donner de lait infantile conventionnel. Ce qui est établi : les laits infantiles issus de l’agriculture biologique ne peuvent pas avoir été produits avec de l’hexane dans leur chaîne de transformation. Si vous souhaitez éliminer ce risque, choisir un lait infantile bio est la seule garantie. Cette décision appartient à chaque parent, éclairé par les données disponibles. Les pédiatres interrogés sur ce sujet recommandent de surveiller l’évolution de la réglementation et de privilégier, si le budget le permet, les gammes certifiées biologiques.

Quelles huiles choisir pour cuisiner sainement sans hexane et sans se ruiner ?

L’huile d’olive vierge extra (de qualité standard, non nécessairement très haut de gamme) reste la référence pour la cuisson, accessible dans tous les supermarchés. Elle est mécaniquement extraite par définition et résiste à la chaleur grâce à sa richesse en acide oléique. Pour l’assaisonnement, l’huile de colza vierge bio est l’option la plus économique et la plus intéressante nutritionnellement (ratio oméga 3/6 équilibré). Les marques de distributeurs (MDD) proposent désormais des huiles d’olive vierge extra et des huiles bio à des prix compétitifs. Le surcoût pour passer de l’huile de tournesol raffinée ordinaire à une huile d’olive vierge extra ou une huile de colza vierge bio est réel mais limité — et peut être compensé par une réduction des volumes utilisés, l’huile vierge étant souvent de meilleure qualité sensorielle et nécessitant des quantités moindres.

Le bio garantit-il vraiment l’absence d’hexane dans les produits transformés ?

Oui, pour les huiles et pour les produits d’origine animale certifiés bio. Le règlement européen sur l’agriculture biologique interdit explicitement le recours à l’hexane comme solvant d’extraction dans la transformation des produits bio. Cela s’applique aux huiles bio, mais aussi aux tourteaux destinés à l’alimentation des animaux d’élevage bio — ce qui signifie que les œufs, le lait, le beurre et la viande issus d’élevages certifiés bio sont produits d’animaux nourris sans hexane. Il existe une nuance pour le cacao et certains ingrédients d’importation dont les standards peuvent varier — mais pour les produits oléagineux courants (colza, tournesol, soja, palme), le label bio est une garantie fiable d’absence d’hexane.

Des alternatives à l’hexane existent-elles vraiment pour l’industrie ?

Oui, et elles sont opérationnelles. La principale est l’extraction mécanique par pression à froid, déjà utilisée par toutes les huileries artisanales et par la filière biologique. Son inconvénient est un rendement légèrement inférieur : environ 89 % d’extraction contre 97 % avec l’hexane. Une alternative chimique biosourcée existe également : le 2-méthyloxolane, solvant végétal proposé par la start-up française EcoXtract. Selon le rapport parlementaire de janvier 2026, le surcoût sur les produits finis serait de l’ordre de 5 % — soit quelques centimes par litre d’huile. Le rapport préconise une taxe sur la production et l’importation d’hexane pour financer la transition vers ces alternatives. Greenpeace demande une interdiction totale. L’EFSA doit publier ses nouvelles conclusions en 2027. Le calendrier laisse encore deux ans d’exposition continue à la population.

Sources:
- Greenpeace France - "Nos aliments contaminés à l'hexane", rapport d'enquête, septembre 2025 (analyse de 56 produits par laboratoire universitaire indépendant)
- Coudray G. - "De l'essence dans nos assiettes. Enquête sur un secret bien huilé", éditions La Découverte, septembre 2025
- Ramos R., Gabarron J. - Mission parlementaire de l'Assemblée nationale sur l'incidence économique de l'utilisation d'hydrocarbures dans la production d'huiles alimentaires, rapport rendu le 28 janvier 2026
- ECHA (Agence européenne des produits chimiques) - Classement de l'hexane comme neurotoxique avéré, septembre 2024
- Anses - Avis et rapports sur les risques liés à l'hexane, mise en garde aux femmes enceintes, 2014
- Pezzoli G. et al. - "Hydrocarbon exposure and Parkinson's disease", Neurology, 2000
- Santé Canada - Profil toxicologique du n-hexane : effets sur la reproduction (testicules, sperme), 2009
- EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) - Évaluation de l'exposition alimentaire à l'hexane au scénario "pire des cas", septembre 2024 ; réévaluation en cours, conclusions attendues 2027